Le pot au feu

Malgré tout, les enfants vont bien.

Réflexion sur la conciliation famille-politique

La démission très médiatisée de Pierre-Karl Péladeau de la chefferie du Parti québecois lundi dernier a fait beaucoup d’échos; elle a fait réagir des politiciens et militants du PQ, bien sûre, mais elle a aussi alimentée des réflexions sur «le sacrifice» politique (François Cardinal) et plus globalement sur la conciliation famille-travail dans un contexte politique.

J’en sais quelque chose.

Ça fait depuis décembre dernier que j’ai pris le leadership de mon parti politique, un petit parti municipal sur le bord de l’extinction.

Je ne reviendrai pas sur les événements menant à ma chefferie car ceci relève du secret politique. Mais laissez moi vous dire que depuis que j’ai assumé la chefferie, j’ai eu droit déjà à pas mal toute la gamme de défis au leadership, quoique sûrement pas à la même échelle que si cela eut été dans un contexte de politique provincial.

Dans mon cas, je n’avais pas l’ambition de mener une formation politique; en tout cas, pas au départ. Je me suis présentée aux élections municipales de 2013 avec l’idée, très simple et, selon moi, très saine, d’améliorer ma communauté en offrant mes services au «plus grand bien», au service du public.

Le départ de la chef-fondatrice du parti vers d’autres horizons (salut Madame la ministre!) et une longue période intérimaire pénible m’ont convaincus qu’il n’y avait pas d’autres options que de me mettre encore une fois de l’avant, toujours pour le plus grand bien et au service du public.

En m’impliquant davantage, j’ai augmentée d’un cran à la fois mes responsabilités et ma visibilité. Ceci ne peut se faire qu’au détriment de l’horaire familiale car le nombre d’heures dans une journée reste fixe. Alors fini les soupers cuisinés par maman les soirs de semaine! Fini les planchers propres et la maison bien rangée! Fini la vérification des devoirs et travaux scolaires à remettre et l’aide aux études! Maman n’est plus disponible comme avant.

Je vous entends déjà, chère compatriotes féministes: et le papa? Il est où le papa dans ce scénario? Eh bien, le papa il travaille fort lui aussi, et pas dans le genre de boulot qui permet de rentrer à 16h30 pour mettre le pot au feu!

Je me permets d’être très franche car ces choses doivent se dire afin d’aider les jeunes hommes et femmes à connaître leurs choix réels. Il n’est pas question ici de comparer ni de passer en jugement les choix des autres: chacune et chacun doit faire ses choix selon sa réalité particulière et selon ses valeurs. Et encore, on peut se réjouir quand il s’agit d’un choix et non pas de la nécessité.

Car j’ai choisi, comme Pierre-Karl Péladeau, de m’impliquer en politique. Personne ne m’a forcé la main quand j’ai signé mon formulaire de candidature. Et peut-être aussi comme M. Péladeau, j’ai sous-estimé l’intensité et le caractère englobant de la vie politique.

Ce que je souhaite soulever ici c’est qu’en plus  de la responsabilité et de la visibilité il y a cet aspect très publique de la politique qui la différencie de toute autre profession. Je ne peux plus amener ma fille à l’école le matin décoiffée et en pantalons molleton, car je ne suis plus une mère «comme les autres»: je dois représenter, publiquement, l’image de mon parti. Alors, vite un chapeau et un beau pantalon! Je ne peux plus, non plus, me permettre une journée où je ne me sens pas de guerre. Il faut être à la hauteur, dès qu’on rencontre un collègue, un électeur, un adversaire politique, il faut l’engager et encore représenter le parti.

La nature de notre profession fait en sorte que nous sommes souvent pris à travailler les soirs et même les fins de semaine. Nous sommes à la merci de l’actualité que nous sommes appelés à commenter, donc bonjour l’horaire imprévisible!

Malgré tout ceci, je tiens à vous rassurer que les enfants vont très bien. Ils ont bénéficié pendant de longues années d’avoir une mère à la maison et je suis fière de les avoir éduqués à être des personnes autonomes. Ils ne sont plus en bas âge non plus: la plus jeune aura 11 ans au mois d’août. Et puis, malgré tout, je réussis à dénicher quelques heures ici et là. Quand les réunions le permettent ou quand ma présence n’est pas strictement requise dans un événement, je priorise ma famille et le temps passé ensemble à parler justement de leurs vies, de leurs ambitions et de leurs défis. Et si j’ai le temps, ça se fera autour d’un bon pot-au-feu, fait maison.

Et vous: quelle type de leader souhaitez-vous? Un homme ou une femme de fer, encaissant des semaines de 80 heures, présent(e) à tous les événements et photo-ops sans faute? Ou encore, un homme ou une femme compétent(e) et présent(e) mais avec une vie familiale, une vie en dehors de la vie publique; quelqu’un qui conjugue ses responsabilités, un peu à l’image de nous tous?

 

Une réflexion au sujet de « Le pot au feu »

  1. valerie cordemans

    le leader qui travaille a 80hrs est l’exemple qui nous a ete nourris par les hommes avec leur femme au foyer. MAlheureusement cette idee est restee quand les femmes se sont fait de plus en plus presente dans toutes les industries, politique et autres. Notre role maintenant est de montrer que c’est possible d’etre presente dans les deux taches, la famille et le travail, d’voir toujours ses priorites en ligne avec ses valeurs, tout en pensant a soi. UN equilibre qui est possible mais pas socialement facilement acceptable. MAis je peux vous dire que ca vaut la peine. Que ce soit justement comme example pour la societe, mais plus important comem example pour nos enfants.

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